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DÉPUTÉ

L'ESPRIT NOUVEAU

ORIGINE ET DÉCADENCE

PARIS CALMANN LÉVY, ÉDITEUR dr SR VER UBER, 7)

THE LIBRARY | BRICK A. YGLNG, UXIVERSITY PROVO, UTAH

VUES POLITIQUES

Il y a quatre ans, M. Spuller prononcait un mot devenu fameux : « Esprit nouveau », qui provoqua beaucoup d’applaudissements et de cris de fureur. Il répondait à une question que, ne m'attendant guère à tant d'honneur et tant de bruit, je lui avais posée à propos d'un arrêté de M. le maire de Saint- Denis, défendant au curé de la ville de suivre à ied le convoi de ses paroissiens pauvres. On cé- lépra ou on maudit à grands cris la hardiesse du ministre et l'esprit nouveau. Le débat, comme on dit en style parlementaire, s'était prodigieusement élargi. Mais je n'ai jamais pu savoir si M.le curé de Saint-Denis aurait ou non la permission d'aller enterrer ses morts. = Le mot a fait fortune en ce temps-là. Et, depuis lors, pes mots d’ apaisement, de tolérance mutuelle,

|

[4 Eu les tions dernières, la Revue de Paris avait pu- blié, avec l’article que voici, trois articles portant le même

| ire et écrits par M. Bourgeois, M. Poincaré et M. Jaurès.

Le d'

DR: VUES POLITIQUES

ont été prodigués. Certainement, beaucoup d'inten- tions sont dirigées en ce sens. Ont-elles été suivies de beaucoup d'effets ? Je crains que, jusqu’à présent, les choses se soient passées souvent comme à Saint-Denis. Le débat s’est élargi, mais les réformes pratiques n’ont point été obtenues. Des causes division profonde subsistent, qui pourrait le nier { entre les conservateurs et le gouvernement des républicains modérés. n’est pas difficile de rappe: ler ces causes de division, car toutes ont été signa: lées, et dans les polémiques de la presse conserva: trice, et dans les discussions parlementaires.

Au point de vue de l’apaisement religieux, les: prit nouveau n’a point encore, et tant s'en fault, procuré au pays les libertés désirables. |

La loi scolaire, Les lois fiscales contre les congré: gations demeurent entières, et sont des mesures de guerre. Le budget de l'enseignement dépasse 200 millions je parle de celui de l’État ; les villes y ajoutent des sommes énormes, la ville de Paris seule plus de 30 millions. Et l’enseignement religieux libre a gardé 4600 000 élèves dans les écoles primaires, tandis que les écoles laïques er ont 3 800 000 ; 80 000 élèves dans les écoles secon: daires, tandis que les lycées et collèges en ont aussi 80 000 : presque un liers de la population pri: maire, la moitié de la population secondaire, et cela sans budget. Il y a donc un besoin public, un désir des familles, qui ne trouvent pas à l’école officielle une éducation morale suffisante. Les

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VUES POLITIQUES d

vagues notions de vertus civiques proposées à l'esprit précis et inquiet des enfants n'ont pas remplacé la morale chrétienne. Fâcheuse lacune que nombre de philosophes et de pédagogues sin- cères, qui souvent n'étaient nullement cléricaux, ont signalée.

Si l'école chrétienne ne peut être adoptée par la commune, comme en Belgique, au moins devrait- elle pouvoir être dotée d'une subvention équitable, quand il est constant qu’elle rend des services aux habitants. Mais cela est interdit. La commune peut entretenir un théâtre, un cirque, un café-concert, non une école chrétienne : le Conseil d'État le défend. Encore est-il, dans notre jurisprudence, deux poids et deux mesures. Ce qui est défendu aux villes de Vitré et de Muret, est permis à la ville de Paris : elle distribue deux millions par an à des maîtres de pensions libres, mais dûment re- 2onnues non chrétiennes. | Et comment a-t-on continué à faire payer des :mpôts d'exception aux congrégations qui, sans aide, se chargent des services publics de l’ensei- znement, de l'éducation des orphelins, du soin des malades, de l'hospitalisation des vieillards ? L' impôl fu revenu, dit la loi de 1883, sera calculé sur un tevenu de cinq pour cent du capital brut, à moins que ce revenu soit reconnu supérieur. Et cela, même quand le capital est affecté, en vertu de lécrets, à un service d'utilité publique, comme il trrive pour les congrégations reconnues. Si les

À VUES POLITIQUES

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Petites Sœurs des Pauvres reçoivent un legs d'un

million, l'État veillera à ce qu'elles emploient la

somme à hospitaliser gratuitement des vieillards indigents. Et le même État prétendra qu'elles ont cinquante mille livres de rente. Telle est la loi. Ge ne sont pas des impôts : ce sont des amendes destinées à réprimer le délit de bienfaisance.

Ces abus survivent à un état d'esprit qui s’en va. Peu de gens ont gardé la haine de l'idée reli- gieuse. Mais on retourne la formule des voltairiens de l’ancien régime. Ceux-là pensaient qu ilfaut une religion pour le peuple, mais non pour les grands. Les seigneurs d'aujourd'hui en veulent bien pour leurs femmes, leurs enfants, pour eux-mêmes, mais n'en veulent pas pour le peuple. On a vu des ministres confier l'éducation de leurs filles aux maisons reli- gieuses les plus renommées, et ne pas savoir tou- jours modérer de petits tyrans de villages qui révo- quaient des cantonniers ou des gardes champêtres coupables d'envoyer les leurs chez les Sœurs de la Charité.

Il était pour l'opposition de droite d’autres rai- sons de désaccord avec le gouvernement des mo-

dérés. Nous avons en bien des circonstances cri-.

tiqué la politique étrangère du gouvernement. Tâche toujours fâcheuse : car tandis qu'on peut, à l'intérieur, espérer combattre par avance et em- pêcher les mauvaises mesures, les fautes commises

à l'extérieur ne sont connues qu'après qu’elles sont.

commises ; et on ne peut plus que récriminer. Il

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VUES POLITIQUES 5

est inutile de rappeler les massacres d'Arménie, les crimes impunis de la Turquie, les souffrances - de la Crète, l'écrasement de la Grèce. Les lecteurs sont édifiés, et savent si, à travers les événements . d'Orient, notre prestige a grandi, et si nos traditions nationales on été respectées. En matière économique, le gouvernement actuel a donné satisfaction à la Droite quand il a rejeté l'impôt sur le revenu. Mais le projet d'impôt sur la rente et les mesures qui Paccompagnaient ne pou- _ vaient être acceptées par nous. EL M. le Ministre des finances ne vient-il pas de faire prévaloir, en votant avec la gauche du Sénat, le principe de la progres- sion dans les droits d'héritage ? Enfin la Droite doit-elle être moins attaquée que par le passé aux élections ? Elle n'y compte guère. Elle sera attaquée d’abord parce qu’elle est la Droite ; ensuite, parce que les fonctionnaires re: gretteront le‘régime si commode pour eux de la concentration républicaine : serviteurs de la con- centralion, ils ne voyaient jamais tourner contre eux les luttes entre opportunistes et radicaux. Or, le règne de la concentration paraît terminé. Le bloc est fendu, et la fente s’élargit de jour en jour. On s'est jeté des défis, on s’est lancé des injures : suppôts de la réaction, complices du socialisme. On aura peine à se réconcilier. Ce résultat n’estpas négligeable. I n’eût point été atteint si, pendant un long temps, malgré beau- coup de griefs, nous n'avions le plus souvent | | | |

6 VUES POLITIQUES

donné notre àppointaux modérés. Votre appoint! ont dit des critiques. Vous n’êtes bons qu'à donner un appoint. On ne peut pas faire autre chose quand on est en petit nombre. Nous pouvions

donner notre appoint soit aux modérés, soit à la

coalition radicale-socialiste. Nous avons choisi le premier parli. Nous avons cru que le danger le plus imminent élait dans les menaces des socia- listes et des collectivistes, et que le plus pressant devoir était de les combattre. Nous n'avons vu aucun intérêt pour la patrie à réinstaller le gouver- nement des radicaux et à la doter de l'impôt sur le revenu. Nous avons considéré d'autre part qu'il ne fallait à aucun prix troubler un courant conserva- teur qui commencait à se produire. Non, ce devoir n’était pas de ceux dont l'exécution peut être ajournée, dans une Chambre qui avait fait vivre le ministère radical, qui certainement contenait au début une majorité de concentration, et à laquelle il a bien fallu répéter qu'elle était modérée, pour qu'elle finît par le croire, et le paraître.

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Mais avons-nous eu raison de compter sur un mouvement conservateur? Avons-nous été dupes en attendant quelque progrès de l'Esprit nouveau ? 2e ne serait pas un esprit nouveau qui se manifes- terait, mais l’ancien esprit français. Cet esprit-là

VUES POLITIQUES ;

n'est nullement enclin au socialisme. Il est indivi- dualiste, ce qui ne signifie, en aucune façon, égoïste. Il n'a pas une confiance aveugle dans les mots sonores et vides de réforme et de progrés. Il n'est pas sectaire. Il est franchement libéral et con- servateur.

Oui, l'esprit conservateur est celui du plus grand nombre des habitants de ce pays, la fortune est divisée en parts petites et nombreuses, accrue par l'économie ou par un palient travail, rarement risquée (malgré quelques célèbres et fâcheux exemples) dans les entreprises aventureuses.

Je ne crois pas qu’on nous voie jamais devenir des gens très remuants et très riches, à la manière des Américains. Nous sommes des agriculteurs, ayant un goût très marqué pour le militaire et un penchant pour les fonctions publiques; joignez à cela une crainte salutaire des spéculations et l'habi- | tude de l'épargne.

Un père de famille américain perd, gagne, dé- pense beaucoup de dollars, sans distinguer tou- jours son capital de son revenu, et dit à ses | enfants : « Faites de mème. » Un père de famille français se livre peu aux entreprises, mais réalise des économies ; et, s'il a quelque aisance, aime à voir son fils officier, magistrat, professeur, adonné enfin à quelque fonction honorable et mal rétribuée. | Ses économies pareront à l'insuffisance du traite- | ment. Et c’est ainsi, je Le disais un jour à la Chambre, | que la fortune acquise, dont M. Casimir Perier avait

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8 VUES POLITIQUES

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si légèrement parlé, vient souvent chez nous en aide à l'État. |

Un peuple agriculteur, militaire, fonctionnaire par goût, économe par nature est forcément con- servateur. Il se défie des changements et voudrait pouvoir compter sur la stabilité du gouverne- ment.

Vous nous représentez, me dira-t-on, vos con- citoyens sous des couleurs bien pâles.

» Vous n'avez pour votre pays qu'une ambition bien modeste. Quoi ! l’activité prodigieuse de l’'Amé- rique ne vous inspire point d'enviel Vous vous contentez de vivre dans un pays de petits bour- geois l’on ne verra trôner ni le roi du pétrole, ni le roi des cuisines roulantes et des wagons- Bts! »

Nous avons des rois moins riches et plus puissants, auxquels ceux-là d'outre-mer doivent leurs royaumes, Car toutes les découvertes dont ils pro- fitent ont été faites chez nous. Ne pourrait-on, d'ailleurs, concevoir quelques doutes au sujet de la grandeur de la République des Etats-Unis et des espérances qu'elle avait fait naître? Elle devait réunir trois caractères : être savante, démocrate et libérale. Or, elle n’a point ou presque point de sa- vants. Elle en a donné au monde, en ce siècle, beaucoup moins même que le royaume de Naples, qui a possédé Avogadro et Melloni ; et moins que la Russie. D'autre part, trois cents personnes en- viron sont, dit-on, en possession de la moitié des

VUES POLITIQUES 9

richesses de cette République. Voilà pour légalité démocratique et le rapprochement des conditions sociales. Enfin, tous les quatre ans elle installe dans une petite maison blanche un César. Toute la vie po- litique du pays se résume en efforts pour ou contre l'élection de ce maitre, qui n'a point à attendre des Chambres le vote d'un budget annuel, qui suspend les lois par son veto, et peut les faire casser comme contraires àla Constitution par une Cour suprème

dont les membres sont inamovibles, mais rem-

placés par son choix. Voilà pour la liberté politique. Serait-ce une grande déception à signaler dans l'histoire des entreprises humaines ?

- Je ne vois pas que notre pays ait rien à envier à ce pays des millions. Nous travaillons aussi, et jus- qu'à présent les idées naissent de notre côté de l'Atlantique. Nous ferions un mauvais commerce en échangeant Ampère contre Edison ou Paris contre Chicago. Hélas ! cette dernière vérité est celle que nous eussions voulu faire entendre aux constructeurs d'expositions colossales et de gares centrales !

Si de nouvelles conditions économiques nous obligent à pousser plus activement en avant la marche de notre industrie, si nous sommes forcés aussi, cequi coùte beaucoup à des Français, d’en-

voyer nos enfants loin du pays créer de nouvelles Frances en Afrique et en Asie, nous trouverons

des émules à imiter et à suivre, toujours de ce côté

de l'Atlantique, dans les monarchies de la vieille 1

10 VUES POLITIQUES

Europe, qui demeure, en ce monde, le foyer la pensée, de la science, el par conséquent de la véri- table et féconde activité.

Comment un peuple conservateur a-t-il descendu

jusqu'à l'extrême limite la pente qui mène au radi-

_calisme ?

Les peuples, comme les individus, subissent des entrainements. Lorsqu'une passion violente s’em- pare de tout leur être, les traits distinctifs de leur

physionomie, les caractères Les plus profondément

gravés semblent se fondre et s’effacer. Mais c’est une apparence, et les traits reparaissent quand la passion est refroidie.

Non, ce n’est pas un esprit nouveau qui naît. Le vieil esprit avait subi une éclipse. Les petits propriétaires, les fonctionnaires qui se taisent et attendent aujourd'hui, rentreront, au premier

signal sérieux, en rangs serrés dans le camp des.

conservateurs. Ils ont courbé la tête et laissé

passer l'orage mais ils n'étaient point changés :

au fond. Ainsi sortirent au premier jour, battant

joyeusement leur caisse, les tambours de la Pépi-

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nière. Ils avaient continué à s'exercer dans les :

caves de la caserne, respectant une malencon- treuse consigne du général Farre, mais n’y croyant 4

pas. #:

Un parti nouveau s’est constitué. Il s’est donné le 1 nom de progressiste. Il a de bonnes chances de. succès, s'il ne s’entête pas à trop bien mériter son. nom, et s’il reste convenu que progressiste, en!

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VUES POLITIQUES YA

français de proclamation électorale, veut dire con- servateur.

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Que peut-on espérer de l’avenir ? Les astronomes, connaissant la base d'un triangle etles deux angles à la base, calculent l’angle au sommet, qui est ap- puyé à une étoile. Les politiques voudraient faire

_ de même. Ils connaissent à la rigueur la base et les

deux angles : sera le sommet? Leurs calculs sont moins certains. Le temps est plus insondable que l’espace ; et quand ïl s’agit des actions hu- maines, la raison ne peut jamais deviner ce que dé- cidera le libre arbitre, Lune et l’autre n’étant pas

- toujours en parfait accord.

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tent la forme, le nom, l'étiquette ? Ayons un gou-

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:

« Ceci durera bien autant que nous », disait Louis XV. (était encore montrer en la stabilité de son gouvernement une certaine confiance. Je ne sais si beaucoup d'hommes politiques, même ayant passé la cinquantaine, en diraient autant aujour- d'hui. Ils affirment volontiers que ceci ne peut «durer.

Mais qu'est-ce que ceci ? La forme n’est rien, a-t-on dit. Que nous impor-

vernement sage et tout ira bien. Est-il sûr que

| cette maxime n'ait pas à tort séduit beaucoup de . gens ? La forme, le nom, l'étiquette de notre cons-

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Fo: VUES POLITIQUES ‘a

üitution n'ont-ils pas élé la cause de ce te nous voyons, plus encore que ne l'ont été les hommes qui ont détenu le pouvoir ?

Chez nous, l'Etat est tout et le Gouvernement n'est rien. Le Gouvernement est à la merci d'une interpellation d’un incident de séance, d’un article de journal. Et ce faible pilote qu'un souffle jette à la mer tient la barre d’un colossal navire dont tous les jours les décisions du Parlement viennent com- pliquer les machines, et alourdir la cargaison.

L'Etat est tout. L'Etat et les Villes absorbent dans leurs caisses le quart des revenus du pays. L'Etat, les Villes et les grandes Compagnies de chemins de fer emploient le quart aussi des citoyens. Tant de gens sont occupés à administrer, à percevoir les impôts, à entretenir les ‘routes et les canaux, à chauffer les locomotives, qu'il ne reste plus assez de gens à gouverner, à taxer, à transporter. Si les fermes ne trouvent point de preneur, ni les fonds de commerce d’acquéreur, ce n’est pas toujours parce qu'on n’y peut pas vivre et prospérer ; c'est que le goût d'être fonctionnaire a détourné tousles jeunes gens des professions indépendantes. A l'Opéra-Comique, Blaise et Colin se disputent la ferme du nouveau seigneur el la main de la fille du bailli. Aujourd'hui, ce seigneur ne saurail à qui louer sa ferme. Et la fille du bailli, dédaignant les gens de campagne, irait à la petite ville épouser un sous-chef de gare ou un employé du télé- graphe.

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L'Etat est Lout et chacun en accepte la suprématie et l’universelle ingérence. |

Ceux des nôtres qui, par hasard, ne sont pas fonc-

- tionnaires, supplient l'Etat de se mêler de leurs af- faires. Il faut qu'il les mène par la main dans le chemin de la fortune, écartant de leurs pas les con- currents étrangers, et leur distribuant même des bénéfices sous le nom de primes. Les droits protec- teurs exigent de l'étranger les charges qui pèsent sur nos concitoyens : telle est leur raison d’être, et nous ne faisons, en nous protégeant, qu'imiter les excès de nos voisins. Le système des primes est plus difficile à défendre, même quand nos voisins nous donnent le mauvais exemple. Cetle ingé- rence de l'Etat en matière économique finirait par nous préparer au socialisme. Quelqu'un disait un journeedaurès, c'est le Méhne du pauvre». Les économistes libéraux peuvent-ils prétendre que, sur un marché restreint, et avec de semblables Intel Mlénrs lois, ces lois qui ont. pour'eux

. une rigueur scientifique, ne soient pas toujours faussées ?

Mais la confiance en l’Elat, et l'exigence montrée en revanche à l'Etat, règnent partout. Et ceux qui font de la soie, el ceux qui cultivent le lin, et ceux qui produisent le sucre, et ceux qui élèvent le bé- tail, non seulement demandent à l'Etat aide et pro- teclion, mais ne sont pasloin de se regarder comme exerçant une fonction à laquelle une rémunéralion

_ doit être assurée par l'Etat.

14 VUES POLITIQUES

|. L'Etat se mèle de religion, de philosophie, même de science, quelquefois. $

D'où provient cet accroissement exorbitant du rôle de l'Etat? Il provient expressément du fait d’un parlement,en lequelse confondent tousles pouvoirs, et qui est occupé pendant neuf mois à légiférer.

On peut gouverner ou par des conseils, des en- couragements venus de haut, des appels adressés par une autorité respeclée à la confiance et à l'ini- liative des particuliers ; ou bien par des lois et des règlements. Un parlement qui gouverne ne peut procéder que par lois et règlements.

Il les multiplie donc, et par il grossit et com-

plique chaque jour cette formidable et coûteuse.

machine : l'Etat.

Le parlement estle meilleur, le seul instrument de contrôle ; mais un très mauvais instrument de gouvernement. On maudit le parlement et on a tort : qui songe à s’en passer? Qui donc, même parmi les plus las du régime actuel, suppose que notre pays voudra jamais confier à la fantaisie d'un maître populaire ses finances et ses lois ? Il le fau- dra momentanément, disent certains hommes hardis ; il est des réformes dont les Chambres sont

incapables et que ce maître seul pourra nous

donner. Quelle chimère ! Comment choisir ce

maître ? Quel espoir nous jettera dans ses bras? Et qui donc, ayant compris et aimé la liberté, peut chercher des remèdes dans l'avènement d'une dic- tature même temporaire |

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VUES POLITIQUES 15

Cela n'empêche pas de reconnaitre les défauts des parlements détournés de leur vrai rôle et, on _ peut le dire, dégénérés. À travers nos longues et

fastidieuses querelles, il est un mal dont sont at- _ teints même de très brillants esprits, et qu’on pour- _rait appeler le mal parlementaire. Il consiste à con-

sidérer les questions non pour ce qu'elles valent en elles-mêmes, mais pour ce qu'elles valent comme arme de parti. On ést tout au jeu, et on oublie les conséquences de ce terrible jeu. On pousse une carte à droite ou à gauche, et on ne voit plus que, hors du grand cercle du Palais-Bourbon, le résultat de la partie sera d'inquiéter des consciences, de dé- courager des industries, ou au contraire de leur donner une prospérité artificielle: quelquefois même de provoquer des troubles.

ILest un autre mal, trop connu : celui des mani- festations électorales faites aux dépens du budget.

Quelquefois aussi, dans les disputes si longues et si répétées, la guerre de personnes a remplacé la lutte pour des idées. Les idées s’oublient, les carac- tères distinctifs des partis s'effacent, et les fossés qui les séparaient se comblent : la cause de ce mal très grave est dans les concentrations, dans les syndicats de mécontents, les marches parallèles qui, trop souvent, ont réuni des hommes que tout de- vait séparer. Que deviennent les doctrines con- traires quand on voit les hommes quiles professent marcher ensemble ? Elles perdent de leur valeur et inspirent moins de confiance à leurs adhérents.

16 VUES POLITIQUES 3

Et, phénomène étrange, plus les opinions sont effacées, et plus les polémiques sont violentes. On entend des imprécations effroyables, et on se de- mande parfois ce qui peut irriter les uns contre les autres les combattants. L'important est de re- trouver des idées générales claires et précises, et de sy Lenir,ce qui est, pour la carrière politique, l'honneur professionnel.

IV

Dans les conversations politiques courantes, on entend souvent répéter les mêmes formules. J'en ai déjà cité deux. C'est: « La forme importe peu » et « Geci ne peut durer ». Il en est une troisième très usitée et qui généralement clôt l'entretien. Cest: « Comment en sortirons-nous ? »

Comment? Il n’y a que deux portes de sortie, comme il y en avait deux aux enfers de Virgile, et que le poète avait appelées la porte de corne et la porte d'ivoire. |

Un César militaire aura, Dieu merci, peine à gran- dir au sein de la paix, etla paix semble heureuse- ment devoir durer. Les sommes énormes que tous les peuples d'Europe dépensent pour l'entretien de leurs armées sont comme de lourdes primes d'as- surances payées pour avoir la paix. Cependant le prestige des armées grandit chez nous,d'abord parce que notre vaillante armée le mérite, ensuite parce

7 VUES POLITIQUES 17

_ que le prestige de tout le reste, parlement, our oir exéculif, magistrature, a diminué.

C'est ce que nous ont montré de récents événe-

_ ments.

+

Qui aura droit à notre confiance et à notre foi, quelle convention sociale, quelle institution restera debout, si nous doutons des officiers de notre armée

_ siégeant en conseil de guerre ? Le peuple de Paris

a compris tout de suite que le fait seul de discuter le jugement de Dreyfus, même avant les gros mots de M. Zola, étail une injure formidable à l’armée.

Il était déjà disposé à crier : Vive l’armée! n'ayant acclamer qu’elle et pour crier vive quelque chose.

H a redoublé ses cris. Aussitôt quelques augures, même attachés à la politique modérée, ont frémi. Ils ont cru à un retour inoffensif du mililarisme. Ils se sont figuré, dans un éclair, voir passer l’image d’un César. [ls n'ont voir que l'éclair : serait le César ?

La porte de sortie césarienne n’a même pas été entr'ouverte cette fois. Elle pourra l'être.

Je crois qu'il en est une autre.

J’entendais, il y a quelques jours, dans un salon, un habitant très considérable d’un pays monar- chique voisin, lequel à la vérité n'est point pros- père : il s'entretenait avec un de mes collègues, dé- puté républicain fort versé dans les affaires étran- gères.

La plus grande épreuve pour un pays, disait poliment le républicain français, c'est de perdre sa

18 VUES POLITIQUES

dynastie. Nous avons subi celte épreuve. Il a fallu

nous arranger autrement.

Qu'est-ce qu'un roi? reprenait l'étranger avec non moins de prévenance. Un homme habitué dès l’enfance à se dire qu'il ne dépend de personne et n’est d'aucun parti.

Ce n’est pas une qualité négligeable, lorsque de plus cet homme, par sa race, est le représen-

tant d'une antique tradition nationale, et que,depuis

des siècles, son nom est confondu avec le nom de son pays. Il est au-dessus des partis et l'hérédité seule a pu lui conférer cette indépendance : autre- ment il ne pourrait, comme en Amérique, être poussé au pouvoir que par la victoire de l’un ou de l’autre parti, et pour y faire les affaires de ce parti.

Il arrive par l'empire de la tradition nationale, par droit de naissance et non par la supériorité du génie. Mais le choix, Lel que nous le pratiquons au Congrès, n'est-il pas de nature à écarter quelquefois les génies qui auraient trop d'éclat ?

Il rend un constant service en écartant les com- pélilions du rang suprème. Un danger menace toujours les républiques démocratiques : le sau- veur qui surgit après des troubles, ou après des années de disputes byzantines dont tout le monde s'ennuie et s'inquiète. C'est un mal chronique, comme diraient les médecins. Nous avons échappé lors de la crise récemment au sauveur chronique, mais nous subirons d’autres crises boulangistes et

d’autres prétendus sauveurs surviendront. La reine |

ENG PC POP

VUES POLITIQUES 19

d'Angleterre, en soixante ans, a procurer à son _paysl'économie d'au moins sept ou huit Boulanger,

Il règne, et gouverne même par le respect, la re- connaissance el la confiance, sans avoir besoin de -légiférer sur tout, de réglementer toute chose, et d'étouffer toute initiative privée. Avec luile gouver- nement est plus fort, et l'Etat moins envahissant.

Et, grâce à la Constitution, la volonté du pays se fait entendre dans la discussion parlementaire. _Telest l'avenir que souhaitent les hommes qui sont libéraux sincères et qui ne sont pas républi- cains. Cela est bien permis. Et le nombre en sera peut-être bientôt plus grand, quand le régime ac- tuel nous aura menés aux frontières du césarisme et du socialisme combinés. Alors, tous les libéraux de France auront à choisir entre leur amour de la li- berté et leur préjugé contre la monarchie.

Ce préjugé, plusieurs causes ont pu l’entretenir. D'un côté on a pu craindre que la Fusion,contrai- rement au sens de ce mot en chimie, ne füt l’anéan- tissement complet d’un des deux éléments qu'il s'agissait d'unir. D'un autre côté, on nous dit: « A _ quoi servirait la monarchie constitutionnelle et li- bérale que vous croyez la seule possible, la seule désirable ? Ce ne serait que la meilleure des répu-- bliques.» Le bienfait déjà serait grand pour un pays qui possède une république fort médiocre, et est menacé de la plus mauvaise. Mais nous atten- dons plus encore de la monarchie.

DENYS COCHIN.

L'ESPRIT NOUVEAU

Cette question fut posée à propos d’un arrêté de M. le maire de Saint-Denis, et M. Spuller, ministre de l’instruc- tion publique, prononca dans sa réponse le mot d°’ « Esprit nouveau » à propos duquel M. Brisson demanda des expli- cations.

QUESTION ADRESSÉE A M. LE MINISTRE DES CULTES

M. PRÉSIDENT. La parole est à M. Denys Cochin, pour adresser une question à M. le mi- nistre des cultes, qui l’accepte.

M. DENYS COCHIN. Messieurs, au mois de sep- tembre 1892, M. le maire de Saint-Denis prenait un arrêté en deux articles : il interdisait sur la voie publique les cérémonies religieuses, à quelque culte qu'elles appartinssent, et l’exhibition d'em- blèmes servant à ces différents cultes. (Trés bien!

4 =

29 L'ESPRIT NOUVEAU

très bien ! à l'extrême gauche. Mouvements di- vers.)

Avant de prendre cet arrèté, M. le maire avait pris l'avis de son conseil municipal, et la minorité, mais une minorité importante de ce conseil, lui avait demandé des explications. On lui disait: Quelles sont ces cérémonies religieuses dont il s'agit? Il n’y a pas de cérémonies proprement dites sur la voie publique.

Le maire répondait qu'il s'agissait d'un usage qui existait à Saint-Denis, de tout temps. Il existe d’ailleurs à peu près partout. Après l'enterrement religieux, le curé sortait de l’église, accompagnait le corps jusqu'au cimelière et la croix était portée devant le cortège.

Cet usage avait-il provoqué à Saint-Denis quel- que trouble ? M. le maire pouvait-il agir en vertu des droits qu'il possède pour assurer la tranquillité de la voie publique ?

La question lui fut posée au conseil municipal et M. le maire de Saint-Denis dut répondre que non. Aucune protestation ne s'était produite ; aucun trouble n'avait eu lieu ; l'usage était très général puisque sur cent enterrements qui se font à Saint-Denis, quatre-vingt-dix au moins se font re- ligieusement.

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_ Mais M. le maire s'appuyait sur un autre argu-

- ment : la loi de germinal an X, la loi du Concordat, dont les articles organiques portent : « Aucune cé- rémonie religieuse n'aura lieu hors des édifices

consacrés au culte catholique, dans les villes il y a des temples destinés à différents cultes. » C'est sur ce texte qu'est fondé l'arrêté de M. le maire.

Quelles étaient, au point de vue moral, la va- leur, la portée de cet arrèté ?

Vous ne vous étonnerez pas, messieurs, que les catholiques s'en soient immédiatement et très vi-

_vement émus. Prélendre que le prêtre n'a pas le droit de suivre l'enterrement d'un catholique et de prier pour lui sur sa tombe, prétendre qu'on n’a pas le droit de placer une croix sur son drap mor- tuaire ou de la faire porter devant le cercueil, c’est émettre, soi-disant au nom de la liberté de cons- cience, une prétention par laquelle la liberté de conscience est bien profondément violée. (7rés bien ! très bien !)

M. WALTER. On n'a jamais empêché le curé de prier sur la tombe ni de mettre une croix sur le drap mortuaire. Je nie ces assertions.

M. DENŸYS COCHIN. J'ai cité le texte de votre ar-

- rêlé.

24 L'ESPRIT NOUVEAU

PL

M. WALTER. C'est pour vous une question d’in-

terprétation.

M. DÉNYS COCHIN. J'en appelle ici, messieurs, non seulement à ceux qui partagent notre foi ca- tholique, mais aussi et c'est s'adresser à tous —- j'en appelle à ceux qui ont le respect de cette foi parce qu'autour d'eux, dans leur famille, parmi les leurs, ils l'ont vue sincèrement pratiquée par des gens qu'ils estimaient et aimaient., (7rés bien] très bien !)

Quelles que soient, en matière philosophique, Yos convictions, messieurs, si Vous avez perdu un ami, un parent qui, de son vivant, avait la foi chré- tienne, et si, le jour vous le conduisez à sa der- nière demeure, un maire ou un adjoint vous dit:

« Le prêtre qui a assisté ce parent ou cet ami au jour

de sa mort n’a pas le droit de le conduire à sa der- nière demeure ; la croix devant laquelle il s'incli- nait vivant, on n’a pas le droit de la placer sur son drap mortuaire ou de la porter devant son cer- cueil» et si, de plus, le magistrat auteur de cette interdiction, parle au nom de sa propre liberté de conscience, que ces emblèmes et ces présents pourraient choquer, en vérité, messieurs, il n’est pas un seul d’entre vous, quelles que soient, je le

répète, ses convictions philosophiques, qui ne se .

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L'ESPRIT NOUVEAU 25

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révolte et n’exige qu'on laisse passer les morts en paix. (Très bien! très bien !)

Donc, au point de vue moral, pas de doute: et du reste dans la presse tout entière, dans les jour- naux de toute opinion, ou presque tous, l'arrêté du maire de Saint-Denis a été blâmé. C'est un concert de mécontentement. M. Sarcey, entre autres, écrit, au sujet de la liberté de conscience comprise à la facon de M. le maire de Saint-Denis, un de ses plus spirituels articles.

Le fait de jusüfier de pareils actes par de pareilles raisons a véritablement indigné ou fait sourire tous ceux qui tiennent sincèrement à celte liberté. (Très bien ! très bien !)

Maintenant, quelle était, au point de vue légal, la valeur de cet arrèté ?

Ainsi que je le disais tout à l'heure, l’article orga- nique 45 de la loi de germinal an X, dit que les cé- rémonies ne seront pas lolérées forsque dans la commune il y aura des cultes dissidents.

Mais immédiatement après la promulgation de cette loi intervenait une circulaire ministérielle de Portalis, qui l’expliquait et la commentait. Il ne suffit pas qu'il existe un protestant dans une com-

mune pour qu'il puisse s'opposer à ce qui est

l'usage de tous les catholiques ; il faut qu'il y ait

2

20%: L'ESPRIT NOUVEAU

une Église consistoriale contenant au moins 6 000 protestants; ce nombre est indiqué par Portalis. Surtout il faut Le bon sens l'indique que celte Église consistoriale ait porté plainte.

Or, Saint-Denis compte 40000 habitants dont 800 protestants. Quatre-vingt dix pour cent des enterrements se font à l'église catholique. Les protestants ne forment pas une Église consis- toriale, le pasteur de Saint-Denis est un pasteur auxiliaire et n’a pas de conseil presbytéral. Suivant l'interprétation de Portalis, interprétation suivie par tous les ministres de l’intérieur qui se sont succédé depuis, le ministre de l’intérieur de 1879 le constatait dans une circulaire, la plainte des protestants, si elle avait eu lieu, n'était pas va- lable. ;

Encore cette plainte a-t-elle eu lieu? Mais, mes- sieurs, le premier à protester contre l’arrêté a été l'honorable pasteur de Saint-Denis.

11 l'a fait dans une interview publiée par le Temps etil a été approuvé par le consistoire de Paris.

Dans ces circonstances, le conseil de fabrique et le curé de Saint-Denis se sont pourvus devant le : conseil d'État. L'affaire a été plaidée tout récem- ment, et le conseil d'Etat a donné raison à M. le curé de Saint-Denis sur le second point. Sur le pre-

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mier point, il a maintenu l'arrêté de M. le maire de Saint-Denis.

Quand l'affaire est venue devant le conseil d'État, ce n’était pas une affaire contentieuse, mais un recours pour abus.

Vous savez tous, messieurs, qu’on peut se pour- voir comme d'abus soit du côté de l'Église, soil du côté de la société civile. Il peut y avoir pourvoi comme d’abus contre l'Église ; de leur côté, les re- présentants de l'Église peuvent se pourvoir comme d'abus contre la société civile. Une décision admi- nistrative est rendue par le conseil d'État, la sec- tion de l'intérieur entendue et toutes seclions réunies. Devant la section de l'intérieur, le maire de Saint-Denis avait eu, paraït-il, gain de cause sur les deux points, parce que, au lieu de se souvenir de l'interprétation de Portalis et des circulaires mi- nistérielles qui ont suivi, on avait voulu appli- quer la lettre de l’article organique.

Quand le procès arriva devant le conseil d'État, toutes sections réunies, les juges considérèrent les choses de plus haut et suivant l'esprit de la loi. Il parut extraordinaire qu'il ne füt pas permis que les emblèmes de la religion fussent portés aux funé- railles catholiques. Le conseil d'État n’a pas pu ad- mettre, comme on le disait tout à l’heure, que,

Den Te L'ESPRIT NOUVEAU

quand un chrétien s'en va à sa dernière demeure, on n'ait pas le droit de le faire accompagner par les emblèmes de sa foi, et de faire figurer la croix sur le drap mortuaire. (/nterruptions à l'extrême gauche.)

M. WALTER. On n’a jamais empêché cela ; au- cun procès-verbal n'a été dressé pour ce fait.

M. COcHIN. Les emblèmes religieux étaient-ils, oui ou non, interdits ? Je lis dans l'arrêté :

« Sont interdiles sur la voie publique les céré- monies ayant un caractère religieux, l’exhibition d’emblèmes servant à ces différents cultes. »

M. WALTER, L'arrêté ajoute:

« Les contraventions seront conslatées par des procès verbaux. »

Y a-t-il eu un seul procès-verbal à ce sujet? sont les contraventions ?

M. FERNAND DE RAMEL. Vous avez eu honte d'appliquer votre arrêté.

M. WALTER. La preuve que je n’en ai pas honte c'est que, si j'élais encore maire de Saint-Denis, je continuerais à le faire appliquer. (Bruit et interrup- tions sur un grand nombre de bancs.)

M. LE PRÉSIDENT. Monsieur Waller, vous ne pouvez avoir la parole en ce moment, car il s'agit d’une question. Quand Pincident sera clos,